L'histoire du lieu ( le clos du Veneur )
un lieu chargé d’histoire au cœur de la Normandie
Une terre ancienne au cœur des vallées normandes
Au cœur de la Normandie, entre les vallées paisibles de l’Eure et les forêts anciennes où résonnaient autrefois les cors de chasse, se trouvait une petite terre connue sous le nom de Cavoville.
Mentionnée dès les premiers manuscrits sous différentes formes – Cavovilla, Cavauvilla, Kavauvilla ou Cauvavilla – cette appellation témoigne de l’ancienneté du lieu et de l’évolution des langues au fil des siècles. Issue du latin villa, elle désignait à l’origine un domaine rural, une exploitation agricole entourée de terres cultivées et de bois, typique du paysage normand.
La seigneurie de la famille Le Veneur
Dès le Moyen Âge, Cavoville entre dans l’histoire noble de la Normandie en devenant l’une des terres de la puissante famille Le Veneur.
Leur nom n’est pas anodin : il évoque la fonction de veneur, maître de la chasse, chargé de diriger les meutes et d’organiser les grandes battues seigneuriales dans les forêts du royaume. Dans une époque où la chasse était un art noble autant qu’un symbole de pouvoir, cette charge conférait prestige et influence.
Les Le Veneur possédaient plusieurs fiefs importants dans la région, dont Le Homme, Valquier, Saint-Élier et Cavoville, formant un ensemble cohérent de terres ancrées dans le territoire normand.
Une lignée marquée par l’histoire de France
Au fil des siècles, plusieurs seigneurs de la famille Le Veneur se succèdent à Cavoville : Jean Ier, Jean II, Jean III, Jean IV, Jean V, puis Pierre, Jean VII et Jean VIII.
Leur blason, d’argent à la bande d’azur chargée de trois croix d’or, demeure l’un des témoignages héraldiques les plus anciens de leur présence.
Au XIIIe siècle, la famille atteint les plus hautes sphères du royaume. Jean IV Le Veneur est appelé à servir le roi Philippe IV le Bel et reçoit la charge prestigieuse de Grand Veneur du Roi, responsable des chasses royales.
Dans ce contexte, les forêts normandes autour du Mesnil-Jourdain et de Cavoville deviennent des lieux privilégiés de chasse pour la noblesse et les officiers du roi. Les chroniques évoquent même la venue possible d’Enguerrand de Marigny, grand ministre de Philippe IV, invité à participer à ces grandes battues.
Mais l’histoire de ces terres est aussi marquée par les guerres. En 1302, Jean IV Le Veneur trouve la mort lors de la bataille de Courtrai, l’une des confrontations majeures du royaume de France.
La guerre de Cent Ans et les pertes de la lignée
La famille Le Veneur poursuit néanmoins son histoire. Au début du XVe siècle, durant la guerre de Cent Ans, Jean VIII Le Veneur combat à son tour et périt lors de la terrible bataille d’Azincourt en 1415, aux côtés de nombreux chevaliers français.
Malgré ces pertes, la maison Le Veneur conserve son prestige et étend ses possessions grâce aux alliances, notamment sur les terres de Tillières et Carrouges, renforçant ainsi son influence dans la noblesse normande.
Une vie rurale au rythme des siècles
Pendant les siècles suivants, Cavoville reste une petite seigneurie rurale. Les terres sont cultivées, les bois exploités, et la vie locale s’organise autour des cycles agricoles.
Liée étroitement au Mesnil-Jourdain, la communauté vit au rythme des saisons, des travaux des champs et des traditions locales. Les générations se succèdent, façonnant un paysage rural stable mais profondément enraciné dans l’histoire.
La Révolution et la disparition des structures anciennes
La Révolution française bouleverse cet équilibre ancien. Les droits seigneuriaux sont abolis et les terres féodales redistribuées.
Cavoville devient alors une commune indépendante, mais cette autonomie sera de courte durée. Sous le Consulat puis l’Empire, une réorganisation administrative est engagée.
Dans ce contexte, l’église de Cavoville est vendue comme bien national, puis démontée pierre par pierre, ses matériaux étant réutilisés ailleurs. Ce bâtiment, autrefois cœur spirituel du village, disparaît définitivement.
Le rattachement au Mesnil-Jourdain
Face à la faible population et aux réformes administratives, Cavoville est finalement rattachée au Mesnil-Jourdain en 1826, mettant fin à son existence en tant que commune indépendante.
Depuis cette date, le nom de Cavoville ne subsiste plus que dans les archives et la mémoire des lieux.
Un héritage toujours vivant
Aujourd’hui encore, Cavoville continue d’exister à travers son histoire, ses paysages et les traces laissées dans le territoire normand.
Lorsque l’on traverse les chemins paisibles autour du Mesnil-Jourdain, il est facile d’imaginer les anciennes forêts, les veneurs à cheval et les grandes chasses seigneuriales qui animaient autrefois ces terres.
Ce lieu reste intimement lié à l’histoire de la famille Le Veneur et à la mémoire d’une Normandie ancienne, noble et profondément enracinée dans son patrimoine.


